
Les chemises sur mesure : ce qu’elles ont de plus
C’est un peu l’équivalent d’une Ferrari ou d’un avion privé, c’est le luxe suprême. Explication. La première différence que l’on remarque entre une chemise de « marque » et un modèle sur mesure est son prix, qui dépend du tissu utilisé et de la notoriété de la maison effectuant sa confection. Une chemise sur mesure peut valoir jusqu’à 500 €. Et à ce prix, on trouve des clients qui les achètent parfois par dix. Incroyable, mais vrai !
En effet, le prix importe en général peu à ceux qui commandent des chemises sur mesure. Ce qui compte est ailleurs : c’est le plaisir d’enfiler un vêtement parfaitement adapté à sa corpulence. Lors de la première commande, des prises de mesure, bien que totalement indispensables, se révèlent parfois fastidieuses. Puis des « remises à jour » sont réalisées, au gré des prises ou des pertes de poids. Il n’est d’ailleurs pas rare que les milliardaires possèdent deux gardes robes, une version enrobée, une autre light.
La prise de mesure se déroule en sept étapes. D’abord, on passe un mètre ruban sous les aisselles afin de mesurer le tour de poitrine, vient ensuite le tour de taille, celui des hanches – même si cela concerne le bas de la chemise, rarement dévoilé, le tombé doit être parfait, et pas trop long. Arrive alors le tour des bras, les deux sont mesurés, car il arrive fréquemment qu’ils ne soient pas de la même longueur. Le client se tourne ensuite dos au tailleur : ce dernier en mesure la largeur, il comparera ce métrage avec celui de la poitrine. Viennent enfin le tour de cou et la mesure de la longueur totale en partant du haut du dos. Après toutes ces mesures, le client fait part de ses désirs en matière de col. Il peut y avoir plusieurs cols différents sur une chemise, car il peut varier sans que le tailleur ne touche au reste de la chemise. Le tailleur peut aussi ajuster la prise sur le cou, pour un col plus ou moins serré. C’est à la fois une affaire de goût et d’expérience, car il faut prendre en compte le rétrécissement au lavage. Sachant que les tissus ne réagissent pas tous de la même manière au nettoyage, le tailleur a donc intérêt à bien connaître ses pièces. Les manches sont en général rallongées de quelques centimètres au début, pour les mêmes raisons.
Ensuite, le patron de la chemise est reporté sur papier, découpé puis posé sur le tissu. Le coupeur intervient : sa mission consiste à optimiser la pièce et à veiller à ce que les raccords soient parfaits. Par exemple, les lignes ne doivent pas être cassées entre l’empiècement des épaules et le reste du dos, à plus forte raison si il y a des carreaux ou des rayures.
Les différentes parties sont alors assemblées à la machine à coudre, puis vient le premier essayage du modèle initial. Le tailleur rectifie ici un tombé d’épaule, là une longueur de manche, il ajuste le col, fuselle le poignet. Si le client donne son feu vert, la confection continue. Les boutonnières sont réalisées à la main ou à la machine à coudre. Le col est posé et assemblé à la main. Parfois choisis par le client lui-même, les boutons (en nacre, forcément) sont cousus un à un. Mille détails rentrent en ligne de compte. On prend par exemple soin, selon les préférences du client, de faire apparaître ou non les coutures de la boutonnière. On aplatit les coutures afin qu’elles ne gênent en rien. Une fois finie, la chemise est repassée puis rangée en attendant que son futur propriétaire vienne la chercher ou qu’on l’envoie chez lui. Les grandes maisons n’ont pas attendu l’avènement des colis express pour livrer leurs clients de cette façon. Cela fait des décennies que commander des chemises est simple comme un coup de fil. Aujourd’hui, c’est également simple comme internet.