
Académie de la Chemise : des anciens aux nouveaux dandys
C’est au début du XIXe siècle que George Brummell inspira tous ceux qui se revendiquaient du dandysme et du culte de la perfection formelle. « Le dandysme n’est même pas, comme beaucoup de personnes peu réfléchies paraissent le croire, un goût immodéré de la toilette et de l’élégance matérielle, oppose l’écrivain Charles Baudelaire dans « Le Peintre de la vie moderne ». Ces choses ne sont, pour le parfait dandy, qu’un symbole de la supériorité aristocratique de son esprit. » Premier français officiel de la lignée, le poète a tranché : le dandysme n’a jamais été et ne sera jamais une question de mode. Ce n’est pourtant pas l’image qu’il en reste aujourd’hui.
Autrefois, ce terme qualifiait un homme élégant, apprêté, un peu figé dans la manière de s’habiller. C’était une gravure de mode, un tableau auquel on ne pouvait rien ajouter. Le dandy d’aujourd’hui est plus spontané, mixe les vêtements avec aisance et façonne son look en fonction de l’humeur du jour. ( découvrir le blog des nouveaux dandys )
Un dandy est un perfectionniste de la mode et du détail. Mais ne consiste pas seulement à afficher les clichés auxquels cette philosophie de vie est souvent réduite. La modernité est dans la réinvention d’une esthétique masculine, en un mot : un look identitaire. Alors ne cherchez pas dans la rue : le dandy moderne ne porte évidemment ni lavallière, ni canne à pommeau d’or.
Le dandysme, c’est le souci du détail inventif et précieux, qui vous distinguera des autres, vous mettra d’emblée au-dessus de la tendance.
Pour Véronique Nichanian, directrice du style de la mode masculine d’Hermès, c’est la « sophistication des contrastes » qui fait le dandy, se baladant sans scrupule « d’une rigueur proche de l’austérité à une apparente nonchalance ».
Qu’importe son état civil : le dandy peut être un artiste, un skater ou même un banquier. « Un jour, un client travaillant dans l’univers de la finance m’a commandé un costume sur mesure à rayures tennis jaunes, plutôt passe-partout… En fait, de la vigogne à 2 500 € le mètre traversée de fils en or 18 carats. Mais lui seul le sait », témoigne le créateur Alexis Mabille. « Toujours mouvants, toujours différents, (les dandys) narguent les académies et se dérobent à toutes les curiosités, écrit Daniel Salvatore Schiffer dans sa « Philosophie du dandysme » (PUF). La multiplicité de leurs individualités fait d’eux des êtres absolument atypiques. » Si les nouveaux Brummell ne courent plus les salons, ils arpentent les scènes rock à l’instar d’un Serge Gainsbourg, d’un David Bowie. Ou, aujourd’hui, d’un Pete Doherty qui marie ses pantalons slims avec un feutre Trilby, des médailles de baptême finement ciselées, des vestes somptueuses en satin. L’écrivain américain Tom Wolfe, habillé en blanc été comme hiver, appartient lui aussi depuis quarante ans à cette famille. Plus près de nous, L’animateur de télévision Ariel Wizman et le créateur Karl Lagerfeld en sont également. D’une certaine manière, l’écrivain Frédéric Beigbeder et son compère Edouard Baer, l’acteur, pourraient être également qualifiés de dandys, jouant plutôt la carte du négligé-sophistiqué, un genre en devenir semble-t-il.